Statistiques des cambriolages en France : chiffres, tendances et analyses

Retrouvez les données les plus récentes sur les cambriolages en France : évolution annuelle, répartition géographique, modes opératoires et taux d'élucidation. Sources officielles du Ministère de l'Intérieur, de l'ONDRP et de l'INSEE.

Analyse des données statistiques sur les cambriolages en France
Les données du SSMSI (Ministère de l'Intérieur) permettent de suivre précisément l'évolution des cambriolages en France depuis 2012.

Vue d'ensemble : combien de cambriolages en France ?

En 2024, les services de police et de gendarmerie ont enregistré 218 200 cambriolages et tentatives de cambriolage de résidences principales et secondaires en France, en baisse de 6 % par rapport à 2023. Ce chiffre, issu du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI), s'inscrit dans une tendance globale à la baisse depuis le pic de 2014 (335 000 faits), sans pour autant retrouver les niveaux historiques d'avant 2012.

Il est essentiel de distinguer les cambriolages constatés (c'est-à-dire enregistrés par les forces de l'ordre après dépôt de plainte) des cambriolages réels. Selon les enquêtes de victimation menées par l'INSEE et l'ONDRP, environ 30 % des victimes seulement déposent plainte. Le nombre réel de cambriolages et tentatives serait donc nettement supérieur aux chiffres officiels, potentiellement autour de 700 000 faits par an si l'on inclut les tentatives non abouties et non déclarées.

Rapporté à la population, cela représente environ 3,2 cambriolages pour 1 000 logements, soit environ un logement sur 310 touché chaque année. Bien que ce ratio puisse sembler faible à l'échelle individuelle, il signifie qu'un foyer français a statistiquement une probabilité d'environ 25 % d'être cambriolé au moins une fois au cours d'une vie de 30 ans dans un même logement.

218 200 Cambriolages constatés en 2024
~700 000 Estimation réelle (avec non-plaintes)
3,2 ‰ Logements touchés
598 Cambriolages par jour

Évolution sur 10 ans (2015-2024)

L'analyse de la dernière décennie révèle des fluctuations marquées dans le nombre de cambriolages en France. Après le pic historique de 2014 à 335 000 faits, le nombre s'est inscrit dans une trajectoire baissière, oscillant entre 235 000 et 250 000 par an jusqu'en 2019. L'année 2017 a notamment connu un rebond à 250 000 cambriolages, dans un contexte où les forces de l'ordre étaient fortement mobilisées sur la menace terroriste, réduisant leur présence sur les missions de sécurité du quotidien.

La rupture la plus spectaculaire est survenue en 2020, avec une chute brutale à 168 000 faits constatés, soit une baisse de près de 30 % par rapport à 2019. Cette diminution sans précédent s'explique directement par les deux confinements nationaux (mars-mai et octobre-décembre), durant lesquels la majorité des Français étaient présents à leur domicile en permanence. Le confinement a donc eu un effet mécaniquement dissuasif, puisqu'un cambrioleur cherche avant tout un logement inoccupé.

Après une remontée progressive entre 2021 et 2023 (211 000 puis 225 000 puis 232 000 faits), 2024 marque un nouveau repli à 218 200 cambriolages constatés, soit une baisse de 6 %. Sur dix ans, la France a donc connu une réduction d'environ 35 % du nombre de cambriolages, même si la part des effractions plus violentes (cambriolages avec présence des occupants) a légèrement augmenté.

Évolution des cambriolages en France (2014-2023)

Source : SSMSI, Ministère de l'Intérieur - Cambriolages et tentatives de résidences principales et secondaires

Répartition géographique

Les cambriolages ne touchent pas le territoire de manière homogène. Trois grandes régions concentrent à elles seules plus de 45 % des faits constatés : l'Île-de-France arrive largement en tête avec environ 55 000 cambriolages par an, soit près de 24 % du total national. Cette surreprésentation s'explique par la forte densité de population, la présence de nombreux logements collectifs (plus faciles d'accès), et des flux de population importants facilitant l'anonymat des auteurs.

La région Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) occupe la deuxième place avec environ 26 000 faits constatés, soit 11 % du total. La côte méditerranéenne est particulièrement touchée, notamment pendant la période estivale où de nombreuses résidences secondaires sont inoccupées. Les départements des Bouches-du-Rhône et du Var sont les plus affectés. En troisième position, la région Auvergne-Rhône-Alpes enregistre environ 23 000 cambriolages annuels (10 %), portée par les agglomérations lyonnaise et grenobloise.

À l'inverse, les régions rurales et peu densément peuplées comme la Corse, la Bourgogne-Franche-Comté ou le Centre-Val de Loire affichent des taux nettement inférieurs. Cependant, ramenée au nombre de logements, la hiérarchie peut changer : certains départements ruraux à forte proportion de résidences secondaires (comme les zones touristiques du Sud) présentent des taux de cambriolage par logement supérieurs à la moyenne nationale.

Au niveau départemental, la Seine-Saint-Denis détient le taux le plus élevé de cambriolages pour 1 000 logements, suivie du Val-de-Marne et des Bouches-du-Rhône. À Paris même, malgré un volume absolu important, le taux par logement reste dans la moyenne haute en raison du très grand nombre de logements. Pour une analyse région par région avec les taux rapportés au nombre de logements, consultez notre page statistiques de cambriolages par région.

Cambriolages par région (milliers, 2023)

Source : SSMSI, Ministère de l'Intérieur, 2023

Quand les cambriolages ont-ils lieu ?

Contrairement à une idée reçue largement répandue, la grande majorité des cambriolages n'ont pas lieu la nuit. Selon les données de l'ONDRP et les enquêtes de victimation de l'INSEE, environ 60 % des cambriolages sont commis en journée, entre 10h et 17h, c'est-à-dire pendant les heures où les résidents sont au travail ou occupés à l'extérieur. Les cambrioleurs privilégient les créneaux où le risque de confrontation est minimal.

La tranche horaire du soir, entre 17h et 21h, représente environ 25 % des faits. Cette période, qui correspond au retour du travail, reste exploitée par les cambrioleurs car la lumière naturelle déclinante offre un certain couvert, tandis que de nombreux logements sont encore vides. Enfin, les cambriolages nocturnes (entre 21h et 6h du matin) ne représentent que 15 % du total. Lorsqu'ils surviennent la nuit, ils concernent davantage les résidences secondaires ou les habitations dont les occupants sont manifestement absents (vacances, par exemple).

Concernant la saisonnalité, les mois de novembre, décembre et janvier sont les plus propices aux cambriolages. Les journées courtes et le passage à l'heure d'hiver offrent une obscurité précoce dès 17h, facilitant l'approche discrète. Les périodes de vacances scolaires (été, Toussaint, Noël) sont également des moments à risque, car de nombreux logements sont laissés inoccupés pendant plusieurs jours consécutifs. À l'inverse, les mois de juin et juillet sont parmi les moins touchés, grâce à la luminosité prolongée.

Répartition horaire des cambriolages

Source : ONDRP, enquêtes de victimation - Données indicatives

Modes opératoires

L'analyse des modes opératoires utilisés par les cambrioleurs révèle une prédominance écrasante de l'intrusion par la porte d'entrée. Selon les statistiques du Ministère de l'Intérieur, environ 70 % des cambriolages sont réalisés en passant par la porte, qu'il s'agisse de crochetage de serrure, de forçage (pied-de-biche, tournevis), de claquage ou tout simplement de l'exploitation d'une porte laissée ouverte ou mal fermée. Les techniques de crochetage et de bumping (utilisation d'une clé à percussion) sont de plus en plus répandues, rendant les serrures standards à trois points insuffisantes.

Les fenêtres et portes-fenêtres constituent le deuxième point d'entrée, utilisé dans environ 24 % des cas. Les volets non fermés, les fenêtres oscillo-battantes laissées ouvertes et les baies vitrées accessibles depuis le rez-de-chaussée sont les principales vulnérabilités exploitées. Enfin, 6 % des intrusions s'effectuent par d'autres moyens : toiture, garage, cave, passage par un logement voisin ou escalade d'un balcon.

70% Intrusion par la porte
24% Intrusion par la fenêtre
6% Autre (toit, garage, cave)

Un élément souvent sous-estimé est la durée d'une intrusion. La plupart des cambriolages durent moins de 5 minutes. Les cambrioleurs agissent avec rapidité et ciblent les objets de valeur les plus accessibles : bijoux, argent liquide, appareils électroniques (ordinateurs portables, smartphones, tablettes). Cette rapidité d'exécution explique pourquoi un système d'alarme avec alerte immédiate, voire une caméra connectée, peut avoir un effet dissuasif majeur : si le cambrioleur sait qu'il dispose de moins de 3 minutes avant l'arrivée des forces de l'ordre ou le déclenchement d'une sirène, il est beaucoup plus susceptible de renoncer.

À savoir

Dans 30 % des cas, le cambrioleur entre par une ouverture non sécurisée (porte ou fenêtre laissée ouverte). La première mesure de prévention reste donc la plus simple : vérifier systématiquement la fermeture de tous les accès avant de quitter son domicile.

Profil des victimes et des auteurs

Les enquêtes de victimation de l'INSEE permettent de dresser un profil statistique des victimes de cambriolage. Les maisons individuelles sont proportionnellement plus touchées que les appartements : elles représentent environ 56 % des cambriolages alors qu'elles ne constituent que 43 % du parc de logements. L'accès plus aisé (jardin, multiples ouvertures, moindre visibilité depuis la voie publique) et l'isolement relatif par rapport aux voisins expliquent cette surreprésentation.

Les ménages à revenus élevés sont davantage ciblés, probablement en raison de la présence présumée d'objets de plus grande valeur. Les logements situés en rez-de-chaussée sont deux fois plus cambriolés que ceux des étages supérieurs. Les résidences secondaires, inoccupées une grande partie de l'année, sont également surreprésentées dans les statistiques. En termes d'âge, les victimes se répartissent assez uniformément, mais les personnes âgées vivant seules sont particulièrement vulnérables car elles sont souvent perçues comme des cibles plus faciles.

Du côté des auteurs, le profil prédominant est celui d'un homme, âgé de 18 à 35 ans, agissant souvent en binôme ou en petit groupe. Selon les données judiciaires, environ 40 % des auteurs identifiés sont des multirécidivistes. Les cambriolages dits "de proximité" (commis par des auteurs résidant dans un rayon de 20 km) représentent une part significative des faits, mais les réseaux organisés, parfois internationaux, sont responsables des cambriolages en série les plus importants, notamment dans les zones résidentielles aisées.

Le préjudice moyen d'un cambriolage est estimé entre 2 000 et 6 000 euros selon les sources, un montant qui ne tient pas compte de l'impact psychologique souvent considérable : sentiment d'insécurité durable, troubles du sommeil, déménagement forcé. Selon une étude de l'ONDRP, 68 % des victimes déclarent avoir modifié leurs habitudes de vie après un cambriolage, et 22 % ont envisagé un déménagement.

Impact du COVID sur les cambriolages

La pandémie de COVID-19 et les confinements successifs de 2020 ont constitué une expérience naturelle inédite permettant de mesurer l'impact de la présence au domicile sur le taux de cambriolage. Le premier confinement (17 mars - 11 mai 2020) a entraîné une chute de 64 % des cambriolages par rapport à la même période en 2019. Le deuxième confinement (30 octobre - 15 décembre 2020), bien que moins strict, a également provoqué une baisse de 40 %. Sur l'ensemble de l'année 2020, le nombre de cambriolages a diminué de 20,8 %, passant de 240 000 à 190 000.

Ce recul massif confirme une évidence que les criminologues soulignent depuis longtemps : le facteur numéro un dans la prévention des cambriolages est la présence humaine dans le logement. Les théories dites de "l'opportunité" (ou routine activity theory), développées par Cohen et Felson, postulent qu'un cambriolage ne se produit que lorsque trois conditions sont réunies simultanément : un auteur motivé, une cible attractive et l'absence de gardien capable. Le confinement a supprimé la troisième condition à grande échelle.

Les enseignements de cette période sont directement applicables à la prévention quotidienne. La simulation de présence (lumières programmées, radio ou télévision en fonctionnement, volets automatisés) est l'une des mesures les plus efficaces pour dissuader une tentative. C'est d'ailleurs pendant la pandémie que les ventes de systèmes domotiques et de caméras connectées ont connu une forte accélération, les Français ayant pris conscience de l'importance de la sécurisation de leur domicile.

Le chiffre clé

Pendant le premier confinement de 2020, les cambriolages ont chuté de 64 %. Cette baisse historique démontre que la présence au domicile reste le meilleur rempart contre les intrusions. Un enseignement qui plaide en faveur des solutions de simulation de présence (domotique, éclairage programmé, caméras).

Taux d'élucidation

L'un des constats les plus préoccupants concernant les cambriolages en France est leur très faible taux d'élucidation : environ 7 %. Cela signifie que sur 100 cambriolages signalés, seuls 7 aboutissent à l'identification de l'auteur présumé. Ce taux est l'un des plus bas parmi les différentes catégories d'infractions traitées par les services de police et de gendarmerie, loin derrière les homicides (environ 85 %) ou les violences volontaires (environ 55 %).

Plusieurs facteurs expliquent cette faiblesse. Tout d'abord, les cambriolages sont des infractions souvent commises en l'absence de témoins, ce qui limite considérablement les éléments d'enquête disponibles. Les auteurs portent fréquemment des gants, réduisant les chances de relever des empreintes exploitables. Ensuite, les objets volés (bijoux, espèces, électronique) sont difficiles à tracer une fois écoulés sur les marchés secondaires ou à l'étranger. La charge de travail des enquêteurs, confrontés à un volume considérable de dossiers, ne permet pas toujours un traitement approfondi de chaque affaire.

La police technique et scientifique intervient de plus en plus fréquemment sur les scènes de cambriolage (relèvements d'ADN, d'empreintes, analyse de traces d'outils), mais les résultats restent limités par la taille des fichiers de référence et les délais de traitement. Les progrès de la vidéosurveillance résidentielle, des systèmes d'alarme connectés et de la coopération policière européenne (base de données Prüm pour les empreintes et l'ADN) donnent toutefois aux enquêteurs des éléments matériels qu'ils n'avaient pas il y a dix ans.

Un faible taux qui plaide pour la prévention

Avec seulement 7 % de cambriolages élucidés, l'enjeu principal reste d'éviter l'effraction plutôt que d'espérer retrouver les auteurs et les biens. Équiper son logement d'une caméra peut non seulement dissuader les cambrioleurs, mais aussi fournir des éléments précieux aux enquêteurs en cas d'intrusion.

Comparaison européenne

À l'échelle européenne, la France se situe dans une position intermédiaire en matière de cambriolages. Selon les données d'Eurostat, le taux français d'environ 3,4 cambriolages pour 1 000 logements est supérieur à la moyenne de l'Union européenne (environ 2,8 pour 1 000). La France est devancée par la Belgique (environ 5,2 pour 1 000), le Danemark (4,8 pour 1 000) et les Pays-Bas (3,9 pour 1 000), mais se situe nettement au-dessus de l'Allemagne (1,5 pour 1 000), de l'Espagne (2,3 pour 1 000) et de l'Italie (2,9 pour 1 000).

L'Allemagne constitue un cas d'école particulièrement instructif. Après avoir connu un pic à 167 000 cambriolages en 2015, le pays a enregistré une baisse spectaculaire à 54 000 en 2022, soit une réduction de 68 % en sept ans. Cette chute s'explique en grande partie par une politique volontariste de subventions à la sécurisation des logements (programme KfW d'aides aux serrures et volets renforcés), par un durcissement des normes de construction en matière de résistance à l'effraction, et par un renforcement des moyens policiers dédiés aux cambriolages.

Les pays d'Europe du Nord (Suède, Finlande) affichent des taux relativement bas, en partie grâce à une urbanisation plus dispersée et à une culture de la sécurisation domestique plus ancrée. À l'opposé, certains pays d'Europe de l'Est, malgré des taux officiels bas, souffrent d'une sous-déclaration importante qui rend les comparaisons délicates. La Suisse, hors UE, présente un taux parmi les plus faibles d'Europe (1,2 pour 1 000), ce qui s'explique par une combinaison de facteurs : niveau de vie élevé, faible inégalité sociale, et présence d'armes à feu dans de nombreux foyers.

Pays Cambriolages pour 1 000 logements Tendance récente
Belgique 5,2 Stable
Danemark 4,8 En baisse
Pays-Bas 3,9 En baisse
France 3,4 En hausse
Italie 2,9 En baisse
Espagne 2,3 Stable
Allemagne 1,5 En forte baisse
Suisse 1,2 Stable

Source : Eurostat, données 2022-2023 (estimations pour certains pays)

Sources et méthodologie

Les statistiques présentées dans cet article sont issues de sources officielles et d'organismes publics de référence. Les données sur les faits constatés proviennent de l'état 4001, outil statistique du Ministère de l'Intérieur qui recense l'ensemble des crimes et délits enregistrés par les services de police nationale et de gendarmerie nationale. Depuis 2016, ces données sont traitées et publiées par le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI), qui a repris les missions statistiques de l'ancien Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP).

Les enquêtes de victimation, qui permettent de mesurer le "chiffre noir" (infractions non déclarées), sont principalement issues du dispositif "Cadre de vie et sécurité" (CVS) mené par l'INSEE en partenariat avec l'ONDRP puis le SSMSI. Cette enquête annuelle interroge un échantillon représentatif d'environ 25 000 ménages sur les atteintes subies au cours des deux dernières années, qu'elles aient donné lieu à un dépôt de plainte ou non.

Les comparaisons européennes s'appuient sur les données publiées par Eurostat dans sa base de données sur la criminalité et la justice pénale. Il convient de noter que les méthodologies de comptage varient d'un pays à l'autre (inclusion ou non des tentatives, définitions du cambriolage, périmètres couverts), ce qui impose une certaine prudence dans les comparaisons internationales. Les taux par logement ont été calculés à partir des données de population et de parc de logements d'Eurostat.

Sources utilisées dans cet article

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